Lors de sa récente visite en Algérie, le Pape Léon XIV nous a offert une image puissante de ce que signifie vivre le commandement de l'amour. Après avoir parcouru des lieux significatifs pour l'histoire de la foi, comme l'endroit où Saint Augustin a passé ses derniers jours, le Saint-Père a consacré un temps particulier à ceux qui restent souvent en marge de notre attention : les personnes âgées et ceux qui les servent avec dévouement.
La Maison Lala Bouna : un refuge d'amour
Sur la colline d'Annaba, à côté de l'imposante Basilique de Saint Augustin, se trouve une maison qui témoigne silencieusement mais éloquemment de l'amour de Dieu depuis plus d'un siècle. La Maison d'Accueil des Petites Sœurs des Pauvres, connue localement sous le nom de Lala Bouna, accueille environ quarante résidents, dont beaucoup sont des personnes âgées qui y ont trouvé non seulement un toit, mais une famille.
Ce qui rend cette œuvre particulièrement émouvante est son caractère inclusif. Les religieuses et les bénévoles qui y servent ne demandent pas la foi de ceux qui frappent à leur porte. Parmi les résidents se trouvent des frères et sœurs musulmans, démontrant que l'amour authentique transcende les frontières religieuses et construit des ponts là où d'autres voient des murs.
L'histoire derrière le service
Ce lieu d'accueil trouve ses racines dans la vision de l'Archevêque Charles-Martial-Allemand Lavigerie, qui à la fin du XIXe siècle, après avoir construit la Basilique de Saint Augustin, a attribué une partie du terrain à la Congrégation des Petites Sœurs des Pauvres. Son intuition était claire : à côté du monument à un grand Docteur de l'Église devait exister un témoignage vivant de l'amour préférentiel de Dieu pour les plus vulnérables.
Aujourd'hui, cinq religieuses, avec une équipe de bénévoles et d'employés, maintiennent vivante cette mission. Leur travail quotidien, fait de petits gestes répétés, nous rappelle que la sainteté se cache souvent dans l'ordinaire, dans le soin patient de ceux que le monde considère comme jetables.
Des paroles qui guérissent et unissent
Lors de sa visite, le Pape Léon XIV a écouté attentivement le témoignage de Salah Bouchemel, un résident algérien musulman qui a partagé comment cette maison était devenue son véritable foyer. Dans un monde où les différences religieuses créent parfois des divisions, ce moment d'écoute respectueuse nous montre une voie alternative : celle de la rencontre authentique.
Le Saint-Père a répondu par un discours bref mais profond, adressé tant aux résidents qu'à ceux qui les servent. Ses paroles ont résonné avec la vérité de l'Évangile :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux » (Matthieu 5:3, Bible de Jérusalem).
La théologie de l'étreinte
Ce que Léon XIV nous a montré en Algérie va au-delà d'une visite protocolaire. Ce fut une incarnation de ce que nous pourrions appeler « la théologie de l'étreinte ». En se penchant pour saluer chaque personne, en prenant le temps d'écouter, en reconnaissant la dignité sacrée de chaque visage, le Pape a agi comme sacrement de l'amour divin.
Ce geste nous rappelle les paroles de Jésus :
« Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli » (Matthieu 25:35, Bible de Jérusalem).
À la Maison Lala Bouna, cette parabole devient réalité chaque jour. Les religieuses et les bénévoles ne voient pas des « personnes âgées » ou des « musulmans », mais le Christ lui-même présent en chaque personne qu'ils accueillent.
Leçons pour notre vie chrétienne
Cette visite pontificale nous laisse plusieurs enseignements pratiques :
- La priorité des derniers : Dans un monde obsédé par la productivité et la jeunesse, Dieu nous rappelle que son cœur bat spécialement pour ceux qui ont été marginalisés.
- L'œcuménisme de la charité : Le service concret construit l'unité plus efficacement que de nombreux dialogues théologiques.
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