Dans un entretien récent, l'archevêque émérite de Karachi a partagé une réflexion profonde sur les relations entre les communautés religieuses au Pakistan. Il préfère utiliser le terme « harmonie » plutôt que « dialogue interreligieux », expliquant que l'harmonie implique une acceptation mutuelle tandis que le dialogue peut parfois se limiter à exposer ses propres positions sans véritable changement. Cette nuance est cruciale dans un pays où les minorités religieuses font face à des défis quotidiens.
Le Pakistan, avec ses 240 millions d'habitants, est une République islamique où près de 96 % de la population est musulmane. Les chrétiens, quant à eux, représentent environ 2 % de la population, soit près de 3 millions de personnes. Parmi eux, les catholiques sont estimés à environ un million de fidèles. Malgré ce faible pourcentage, la communauté chrétienne est profondément enracinée dans l'histoire du pays.
Une communauté chrétienne historiquement présente
Une grande partie des chrétiens pakistanais vit dans la province du Pendjab. Beaucoup descendent d'anciens hindous de basse caste qui se sont convertis au christianisme entre la fin du XIXe siècle et les années 1930. D'autres appartiennent à la communauté dite « goanaise », issue de familles évangélisées sous la présence portugaise, qui se sont installées principalement à Karachi après un passage par Bombay.
Malgré leur faible poids démographique, les chrétiens jouent un rôle important dans les secteurs de l'éducation et de la santé. L'Église catholique administre aujourd'hui 124 écoles maternelles, 161 écoles primaires et 133 écoles secondaires, accueillant environ 150 000 élèves. Elle gère également neuf hôpitaux, 52 dispensaires et deux léproseries. L'Église catholique pakistanaise compte dix évêques, 265 prêtres, 49 religieux et 744 religieuses.
Les défis quotidiens des chrétiens au Pakistan
Derrière cette présence historique, la réalité quotidienne demeure extrêmement difficile. La majorité des chrétiens appartiennent aux classes les plus pauvres de la société et exercent des métiers précaires : ouvriers agricoles, employés domestiques, agents de nettoyage, travailleurs de voirie ou ramasseurs d'ordures. Dans certaines régions, les préjugés de caste hérités du sous-continent indien continuent d'alimenter les discriminations.
Depuis plusieurs décennies, les responsables chrétiens dénoncent une islamisation progressive de la société pakistanaise et la montée de l'extrémisme religieux. Les lois sur le blasphème, durcies sous le régime du général Zia ul-Haq entre 1977 et 1988, cristallisent les inquiétudes. Officiellement destinées à protéger les sensibilités religieuses, elles sont régulièrement accusées d'être utilisées pour régler des conflits personnels, économiques ou fonciers.
La loi sur le blasphème : une épée de Damoclès
Dès 1999, une réponse publiée au Journal officiel du Sénat français alertait sur une insécurité grandissante pour les chrétiens pakistanais et dénonçait les abus liés à la loi sur le blasphème, évoquant notamment des arrestations arbitraires et de lourdes condamnations. Cette loi reste une source majeure d'inquiétude pour les minorités religieuses.
Des cas emblématiques
Des chrétiens ont été accusés à tort de blasphème, souvent pour des motifs personnels ou économiques. Ces accusations peuvent entraîner des peines de prison à vie, voire la peine de mort. La communauté chrétienne vit dans la crainte constante de ces dénonciations.
L'espérance chrétienne face à l'épreuve
Malgré ces difficultés, les chrétiens du Pakistan restent fermes dans leur foi. Ils s'appuient sur les promesses de Dieu, comme celles du livre de l'Apocalypse : « Ne crains pas ce que tu vas souffrir. Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Apocalypse 2:10, BDS).
Cette espérance les soutient dans leur témoignage quotidien. L'Église locale continue de prier pour la paix et la justice, tout en œuvrant pour le bien de tous, comme le recommande l'apôtre Paul : « Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez et ne maudissez pas » (Romains 12:14, BDS).
Un appel à la solidarité internationale
L'archevêque émérite de Karachi lance un appel à la communauté internationale pour qu'elle ne reste pas silencieuse face aux souffrances des chrétiens pakistanais. Il invite les croyants du monde entier à prier pour la paix et à soutenir les initiatives qui promeuvent une véritable harmonie interreligieuse.
En tant que chrétiens, nous sommes appelés à être des artisans de paix. Comment pouvons-nous, dans notre propre contexte, promouvoir l'harmonie et l'acceptation mutuelle ? Prenons un moment pour réfléchir à la manière dont nous pouvons soutenir nos frères et sœurs persécutés, que ce soit par la prière, le partage ou la sensibilisation.
Comentarios